12 novembre 2015
C’est en traitant différents genres que Guillaume Nicloux arbore son originalité. Après, entre autres, la remarquable et intentionnellement cynique docufiction L’Enlèvement de Michel Houellebecq et la très personnelle et intrigante adaptation de La Religieuse de Diderot, le cinéaste français tente le huis clos existentialiste.
Huppert et Depardieu, deux forces de la nature, deux géants du cinéma hexagonal mondialement reconnus. Par intermittences, par dialogues quasi-philosophiques principalement tournés en champ/contre-champ, ils s’opposent et tentent de se réconcilier. Leur fils, le suicidé (dont on ne saura jamais les vrais raisons de son geste), est le point central de ce rendez-vous dans un lieu mythique de l’Amérique qui ressemble plutôt à un centre naturel pour calmer les esprits, vivre dans la paix durant un court séjour pour, finalement, retrouver la foi et la voie intérieures.
Car surtout et avant tout, Valley of Love (tire s’opposant en mode poétique au lieu de cette aventure, Death Valley – Vallée de la mort) est un film non seulement sur la filiation et les rapports parents/enfants, mais une métaphore de la vie, sur le couple, sur le rapport à l’autre, sur les fils sensibles de nos relations affectives. Mais aussi un regard sur les comédiens. Cette traversée du désert est aussi celle de leurs parcours professionnel. Arrivé à ce stade, que sont-ils devenus, que sera la suite ?
Mort du fils, suicide volontaire, mais aussi, pour les vedettes, le temps de se démasquer, de ne plus porter les attirails de tant de rôles voulus et d’autres acceptés pour différentes raisons, parfois sans raison, pour simplement prouver qu’on existe. Paradoxe du comédien, mais aussi paradoxe du cinéma qui, parfois, ne semble plus rien prendre au sérieux.
Si une partie de la critique n’a pas été très favorable envers Guillaume Nicloux et à sa Valley of Love, force est de souligner l’originalité d’un film porté par deux solides comédiens qui, par le biais d’une fiction sur le deuil ne cessent de jeter un regard tendre, rassurant et, dans le même temps, mélancolique sur leur métier. Magnifiquement photographié par la caméra CinémaScope – aussi sereine que magique – de Christophe Offenstein, l’auteur d’Une affaire privée brise la fiction traditionnelle pour nous donner un road-movie poignant en forme de fuite, de mensonges, de petites trahisons et de tous ces petits maux qui composent la vie. À voir sans hésitation.
Genre : Drame – Origine : France – Année : 2015 – Durée : 1 h 32 – Réal. : Guillaume Nicloux – Int. : Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Dan Warner – Dist. / Contact : Axia.
Horaires : @ Beaubien – Cineplex
CLASSEMENT
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
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